Ce passage se situe juste avant la Passion de notre Seigneur…
L’instant est grave. Philippe veut obtenir des réponses,
mais ses questions sont-elles bien adaptées ?
Évangile selon St Jean (14, 7-14)
Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Cette réplique de Philippe est délicieuse de bon sens et de naïveté…
Philippe ne se contente pas de belles paroles rassurantes. Il veut des précisions, une explication claire sur l’endroit : Philippe veut du concret.
On devine la distance entre les mots de Jésus et la pensée des apôtres,
c’est l’exacte distance qui existe entre le monde des Hommes et l’éternité de Dieu.
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe !
Jésus oriente Philippe dans le référentiel de l’Amour, seul capable de nous faire comprendre la pensée de Jésus…
Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils.
Quand vous me demanderez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai. »
Aux questions des apôtres, Jésus comprend leur désir, mais connait leurs limites… Comment leur faire comprendre ?
Jésus sait parfaitement ce que ces hommes du Ier siècle ont dans la tête : la libération d’Israël et l’instauration d’un gouvernement, avec pour ministres les apôtres ! Voilà !
En fait, les disciples ont un gros handicap : ils VOIENT de leur yeux Jésus, vrai Homme, ils ne voient rien d’autre !
Ils lui parlent avec leur voix, le touchent avec leurs mains…
Ils rencontrent Jésus et communiquent avec lui au travers de leurs sens physiques.
Ils connaissent un Jésus extérieur à l’Homme !
Comment passer au Jésus vrai Dieu, Jésus invisible, Jésus intérieur, présent dans leur cœur ? …
il faut que Jésus parte ! Qu’il disparaisse de leurs regards et qu’un nouveau chemin, une réflexion se fasse à l’intérieur de chacun… Il faut que la « chair » soit dépassée, sublimée par la Résurrection !
Cette dimension supérieure de la Présence invisible n’est pas à la portée de tous.
C’est le chemin de la prière, c’est l’intuition d’une réalité invisible, impalpable, qui grandit en certitude d’une Présence Divine toute proche…
Le Seigneur se manifeste en fonction de notre désir de le rencontrer,
et des gestes posés (pour moi, une retraite pascale)…
L’Esprit se communique de l’intérieur,
« on ne connaît que par le cœur… »
L’Homme, pour accéder à Dieu, doit découvrir le monde infini de la prière.
Parler à Dieu de cœur à cœur, c’est vivre la Rencontre, à une profondeur infinie.
« En moi, plus grand que moi… »
» À un certain niveau de silence, l’homme devient un espace sacré.
C’est alors qu’il rencontre la Présence dont il est le sanctuaire,
dans un dialogue où il découvre sa liberté comme libération de soi « .
(P. Maurice Zundel)
Proposition de prière :
Apprends-nous à faire silence,
ô Seigneur :
révèle nous ta Présence.
Amen !